Histoire 3

 

 

 

 

1  Interprétation de l'expression et la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de vie de Perceval


 

Avoir reçu une formation comme la mienne et ne pas faire la guerre, c'est comme avoir le permis poids lourds et ne conduire que de petites cylindrées. Pour le concours de l'école de guerre, mon père m'a dit qu'il était déçu, il me fait rire, il a fait pareil. Ca ne veut pas dire que je renonce à tout, je me suis remis au russe et à l'arabe, ça va être utile dans un futur proche. Je veux disposer d'un maximum d'atouts. De toute façon, je ne veux pas mentir à mes subordonnés. En ce moment, on prépare une réforme des retraites qui va tout bouleverser, les contrats signés ne seront pas respectés. C'est ignoble. Il fallait conserver la conscription même si ça ne m'intéressait de m'en occuper. Mon métier c'est la guerre. On s'entraîne toute la vie pour quelque chose, pour atteindre ses limites, se dépasser. Et d'abord sur le plan physique. Par le biais du sport, on reçoit certaines valeurs. L'équitation apprend le commandement, le karaté, la boxe permettent de dominer les pulsions, le rugby entraîne à prendre l'ascendant moral. Mon père était premier en sport mais c'était un cancre. J'avais un peu honte de ma place de major. Le panache, c'est réussir sans effort, sans le montrer. C'est ce que j'ai fait à Saint-Cyr. Je passe toujours l'obstacle mais jusqu'au dernier moment, j'ai la peur de l'échec. C'est un truc qui m'a inhibé pour l'école de guerre. A mon premier échec au concours de Saint-Cyr, j'ai voulu partir comme bûcheron au Canada. La vie c'est binaire, rater ou échouer. Maintenant on va partir en Côte d'Ivoire, c'est un endroit chaud. J'ai un peu peur pour ma famille, tant pour la sécurité que pour la scolarité. En fait, je vais travailler pour l'armée ivoirienne, mais pas question que je leur donne toutes mes ficelles. J'irai pas jusqu'au bout de l'instruction pour le jour où on se retrouvera face à face. Ma femme a mal vécu le premier échec au concours de l'école de guerre, on en a parlé pour la deuxième cartouche, mais quand j'ai échoué, elle a considéré que c'était du gâchis. Elle m'a connu à Saint-Cyr, elle est habituée aux lettres de félicitations. Et puis c'est vrai, plus on monte, moins il y a de cons au-dessus de nous. Je regrette de ne pas avoir eu de garçon même si je sais que j'aurais été encore plus exigeant qu'avec mes filles, je reproduis le modèle paternel sans le vouloir. Mon père parlait, c'était un ordre. Je ne supporte pas non plus la désobéissance. La moindre transgression mérite un retour de flamme. J'aurais vraiment voulu un fils, quand j'ai vu que je n'aurais que des filles, j'ai eu une petite révolte vis-à-vis du Bon Dieu. Moi qui me suis toujours bien comporté, qui n'ai jamais transgressé, pourquoi il m'a fait ça. J'ai pris ça comme une punition. Je sais que c'est l'homme qui donne le code génétique sexuel. J'ai tendance à reporter sur la numéro deux, elle est frondeuse, elle est plus rapide au ski que l'aînée. J'étais prêt à abandonner l'autre mais je me suis contrôlé. Je me suis souvenue que ma grande sour était la chouchoute de maman, ça m'agaçait. Seules les filles avaient le droit de se regarder dans une glace. Pour mon père, un garçon doit être fort, une fille doit être belle. Pures jusqu'au mariage, c'est ce que je veux pour mes filles. On n'a aucun respect pour celles qui couchent. Je voudrais que mes filles aient une classe naturelle, qu'elles n'aient jamais honte d'être différentes au contraire qu'elles le revendiquent. La différence c'est pas le racisme, j'ai vécu avec des noirs quand j'étais petit. Le racisme c'est bête. Mon père était heureux avec ses Africains, il a été le plus malheureux du monde quand il a dû abandonner ses harkis. Pour 1% de rebelles, on a perdu l'Algérie. Mais, en, France, les étrangers refusent l'assimilation. A l'école catholique, on n'affiche plus de crucifix. D'ailleurs, il y a à peine 8% de pratiquants en France, à l'école catholique c'est plutôt 20% de pratiquants et 50% de non croyants. Les gens mettent leurs enfants là pour des raisons autres que confessionnelles. Pour qu'ils soient plus surveillés la plupart du temps. Evidemment, les familles catholiques portent ces écoles à bout de bras. Comme je pense que je mourrai de façon violente, je veux que mes filles aient un métier, qu'elles soient autonomes. Je ne supporterais pas d'être dépendant, mon père non plus. Maman accepterait d'être prise en charge comme un retour de ce qu'elle a investi. Pendant longtemps, six mois, j'ai coupé les ponts avec ma grande sour, elle vivait avec un homme divorcé. Elle le faisait par faiblesse, les femmes ont besoin de plaire. Elle s'est vraiment comportée comme une Française moyenne. Je me suis toujours forgé une carapace. Je me souviens d'un jour où mon père avait frappé mon petit frère avec une violence incroyable. On sortait de la messe du vendredi, mon frère avait quinze ou seize ans, il jouait avec une balle de golf, il l'avait lancée en l'air comme une grenade, elle était retombée sur le nez de mon père. Mon père avait frappé comme un fou, à coups de poing et de pied, il avait la frite à l'époque. Je suis allé relever mon frère. Et là, mon père se retourne contre nous deux en disant : ils font quoi les deux pédés ? Je me suis mis en garde. J'ai pensé : tu as le choix du premier coup. Je l'aurais peut-être tué. maman s'est mise entre nous deux.

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Interprétation de l'expression et la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de vie de Perceval


 

Préambule : Quatre expressions se partagent le leadership dans le discours de Perceval, la certitude fortement positive, l'influence et le plaisir fortement négatifs et le désir positif. Suivent l'expression de la liberté et de la capacité respectivement négative et positive.


Sujet : Perceval explique qu'il a toujours donné des gages de sa bonne volonté (je me suis toujours bien comporté, je me suis contrôlé), mais a le sentiment de n'avoir pas été récompensé de tous ces efforts.


Sujet + Quelqu'un : La préoccupation majeure de Perceval reste le sentiment de trahison divine (j'ai eu une petite révolte) de n'avoir pas eu d'héritier mâle qui aurait eu pour mission de perpétuer le modèle masculin viril, bien qu'il se soit élevé une fois contre ce père autocrate jusqu'à envisager de le tuer. L'éducation de ses filles ne lui permettra de mettre en action que des valeurs morales « féminines » (la pureté jusqu'au mariage, la maternité). Seule sa deuxième fille frondeuse lui permettrait d'assouvir ses instincts paternels mais il ne veut pas reproduire le modèle de sa mère qui faisait des différences à l'avantage de la grande sour.


Sujet + Quelque chose : Perceval cherche toujours le risque, les lieux chauds de la planète où mettre son héroïsme à l'épreuve, il reste néanmoins très influencé par la peur de l'échec, jusqu'à envisager la fuite (j'ai voulu partir comme bûcheron au Canada).


Quelqu'un : La figure du père est toujours aussi imposante (mon père parlait, c'était un ordre), même dans ses crises les plus violentes (il frappait comme un fou, à coups de poing, à coups de pied). Ses préceptes sont toujours aussi pontifiants et phallocratiques (un garçon doit être fort, une fille doit être belle). Une éducation qui a visiblement rempli son office : Perceval émet des jugements méprisants sur les femmes accusées de faiblesse. Marqué par son idéal de pureté, Perceval critique l'école catholique qui « n'affiche plus ses crucifix » et est composée d'à peine « 20% de pratiquants », et ceux qui l'utilisent alors qu'ils sont incroyants. La phrase de la fin fait allusion à la fameuse balle de golf qui retombant sur le nez de son père a failli provoquer le pugilat fatal.


Quelque chose : Perceval fait part de sa vision utilitariste du sport (l'équitation, la boxe, le rugby) tout en délivrant son lapsus révélateur « binaire » (rater ou échouer). Il fait étalage de ses contradictions concernant le racisme.


Impersonnel : Perceval égrène l'ensemble de ses rancoeurs, contre l'armée qu'il accuse de concocter une réforme des retraites scélérate, et finalement contre lui-même qui n'a pas été capable de dépasser « la peur de l'échec » et d'accéder au sommet de la hiérarchie car il considère que « plus on monte, moins il y a de cons au-dessus de nous ».


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