Occurrence des pronoms personnels sujets
dans l'histoire de vie de Tanguy
Utilisation majoritaire du « je » tout au long des récits de vie. Cette prépondérance du « je » dans le premier récit indique que Tanguy affirme sa volonté d'agir sur les événements. Dans le deuxième récit la prévalence du « je » commence à décroître, même si Tanguy s'accroche encore à sa volonté d'apparaître comme le grand ordonnateur de son existence. Le pronom « je » devient carrément minoritaire dans le troisième récit, Tanguy décrit le monde qui l'entoure, comme s'il se retournait avant de le quitter.
La dépersonnalisation progressive du discours, au profit du « on », indéfini notamment dans le deuxième récit, montre le désir de désigner des boucs émissaires sans les identifier précisément et surtout sans s'impliquer. Cela va lui permettre, par la suite, de justifier sa réorientation professionnelle, son détachement de cette armée à laquelle il doit tout, mais à laquelle il reproche un certain nombre de choses. Les « on » représentent toutes les contraintes qu'il a acceptées pour parfaire sa revanche sociale mais qui lui sont devenues insupportables parce que trop éloignées de ses rêves d'adolescent.
Les pronoms « ils », singulièrement plus présents dans le premier récit, représentent presque exclusivement ses fils, engobés sous une forme groupale, jamais nommés individuellement.
La femme de Tanguy est omniprésente, elle est incontournable dans son parcours de vie. Elle est la seule référence féminine, identifiée par le pronom « elle », dans l'univers de Tanguy. Sa mère, figure tutélaire et vaguement menaçante, bénéficie d'un traitement plus respectueux.
Le pronom « vous » fait allusion au langage, hiérarchique et injonctif, spécifique de l'armée. Le lieutenant-colonel laisse, ici, percer ses habitus langagier.
Les deux seuls pronoms « il » désignent Tanguy, dévalorisé par ses fils, et son propre père, dévalorisé par lui.
La quasi absence du « nous » dans le discours de Tanguy évoque une impression de solitude, celle du coureur de fond engagé très tôt dans un combat pour la reconnaissance sociale. Ce pronom personnifie le couple disparate mais complémentaire qu'il forme avec sa femme et, également, les devoirs que les militaires ont envers leur famille en raison des risques mortels qu'ils prennent.
En fin de récit, Tanguy lâche un aveu, le pronom « elles » souligne l'absence de liberté dans les prises de décision.