Interprétation idianthropologique
de l'histoire de vie de Perceval
1 Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Perceval.
2 Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Perceval
3 Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Perceval
4 Interprétation globale du discours de Perceval
Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Perceval.
Préambule : Le récit, que Perceval fait de son temps de vie, ressemble à un parcours d'obstacle, une série d'épreuves et d'épisodes douloureux sous le regard sévère et exigeant de son père. La période pré - fonctionnelle occupe la plus grande part de ses souvenirs. La deuxième partie en volume, qui représente la période péri - fonctionnelle, souligne essentiellement des regrets ou des remords d'objectifs non atteints ou à atteindre. Dans la période fonctionnelle, très succincte, l'évocation du premier échec important constitue l'élément central du récit.
Période pré - fonctionnelle :
Les références aux multiples contretemps qui ont rendu la vie de Perceval dure et humiliante dominent très largement, laissant la portion congrue aux espaces de liberté. Bien avant de devenir un militaire dans le feu de l'action, Perceval, enfant et adolescent connaît le combat, l'affrontement au sein de la famille (se bat sans arrêt avec son frère, subit la loi paternelle). L'arrivée au collège ne va pas améliorer son sort. Séparé de sa mère, il va supporter une sélection drastique (exit les derniers de chaque année), subir la « pression des caïds », l'admission des filles et un bizutage officieux particulièrement pénible. Pour clore ce cycle initial sans joie, il va décrocher le titre de major qu'il ne briguait pas et qui va le conduire vers une carrière fonctionnarisée.
Période fonctionnelle :
Bien que beaucoup plus courte, cette période laisse percer plus de désappointements (l'échec au concours de l'école de guerre, mal vécu par sa femme, son père et par lui-même) que de phases libératoires, d'autant plus que ces dernières concernent essentiellement les temps de guerre, durant lesquels Perceval risque sa peau (j'ai aimé ça, le taux d'adrénaline monte d'un coup).
Période péri - fonctionnelle :
Cette période abonde, encore une fois, en souvenirs négatifs, avec des références très nombreuses aux membres de la famille initiale envers lesquels il nourrit des ressentiments. Plus que jamais, il semble garder en tête une vengeance contre son frère et contre ses parents qu'il accuse de désamour à son endroit et un certain mépris pour sa sour qui a vécu avec un homme divorcé. Perceval confie son impuissance et sa peur rédhibitoire de l'échec. Reste quelques Entre temps qui sont autant de contraintes choisies (rester pur jusqu'au mariage, rester neutre politiquement) ou des projections (se remettre au russe et à l'arabe).
Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Perceval
Préambule :
Perceval dessine les contours d'un univers barré d'interdits dans lequel il subit toujours la loi des autres. Le milieu pré - fonctionnel, largement prépondérant, permet à Perceval d'établir un véritable catalogue des violences subies, ne laissant émerger que quelques interstices de liberté. Le milieu péri - fonctionnel, deuxième en volume, se divise presque à égalité entre le Contre espace et l'Entre espace. Enfin, le milieu fonctionnel, relativement concis, fait la part belle au Contre espace.
Milieu pré - fonctionnel :
Que ce soit dans la maison familiale ou dans les divers établissements d'enseignement privés ou militaires, Perceval a été constamment mis sous pression. La table familiale était quasiment transformée en centre d'examen, les enfants mis en compétition. Les garçons soumis à une discipline sportive de fer se battaient régulièrement. Perceval devait supporter également les moqueries de son père qui lui disait « qu'on l'avait trouvé dans une poubelle ». Point de refuge au collège et au lycée, Perceval est séparé de sa mère (parents en Guadeloupe), de son frère, il subit les violences de quelques caïds, il connaît même une véritable frustration lorsque des filles sont admises dans l'établissement (des poules dans un « coquailler »). Même en intégrant Saint-Cyr, où il se trouve en communauté culturelle (entre catholiques royalistes), il subit un échec, un bizutage pénible et une consécration inattendue et mal vécue (porte-drapeau sur les Champs Élysées). Les seuls espaces de liberté qu'il évoque sont dus à trois personnes extérieures : sa grand-mère dont la maison lui sert de refuge le week-end, un de ses professeurs du Prytanée et sa femme qu'il rencontre à Saint-Cyr.
Milieu fonctionnel :
Les théâtres sont l'objet de nombreuses descriptions de Perceval. Toutes celles qui le concernent (Bosnie, Côte d'Ivoire) sont à ranger dans le Contre espace. Celle qui concerne son père lui apparaît comme auréolée d'une vision héroïque (Algérie la guerre du père, heureux avec ses Africains). Cette rubrique est l'occasion de laisser parler son racisme (en France les étrangers refusent l'assimilation, pour un pour cent de rebelles, on a perdu l'Algérie) et son rejet de la fonctionnarisation (finis les voyages) et de la perte d'autonomie (les chefs de corps sont pilotés de Paris).
Milieu péri - fonctionnel :
Perceval divise ses souvenirs en deux parties quasiment égales : d'un côté, la réalité qu'il a dû subir (l'obligation d'aller à la messe, l'affrontement entre les fils et le père), de l'autre le cinéma (« Croix de fer », film allemand qui valorise les comportements héroïques) et l'avenir fantasmé (travailler dans une société privée de prévention des crises) qui le font rêver. Le sport occupe aussi une place de choix en tant que lieu des constructions des valeurs (équitation, karaté, boxe, rugby).
Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Perceval
Préambule : Ce tableau est largement écrasé par la formation péri - fonctionnelle, ne laissant qu'une place infime à la formation pré - fonctionnelle et à la formation fonctionnelle. L'ensemble est caractérisé par de nombreuses perceptions Contre énergétiques.
Formation pré - fonctionnelle :
La vision des années d'éducation secondaire est globalement négative. Elle commence par un traumatisme de séparation et finit par une sensation de trahison. Entre les deux, des difficultés scolaires, un redoublement, du harcèlement, la peur entraînent chez Perceval le sentiment d'être une victime isolée et abandonnée. Même les rares représentations Entre énergétiques sont à double tranchant. Il se félicite d'être dans une filière d'élite (98% de réussite au Bac), mais c'est pour reconnaître que lui-même passe « ras les fesses ». Il reçoit l'étiquette de Major, mais il déclare cultiver « un petit mépris » pour les premiers de la classe.
Formation fonctionnelle :
Son échec au concours de l'Ecole de guerre constitue un tournant dans son évocation. Il regrette l'échec dévalorisant, il sait qu'il a déçu son père qui l'avait programmé, sa femme qui était « habituée aux félicitations ». Il décrit également cet échec comme un premier acte d'émancipation et s'autorise à faire des projets. Etrangement, cette rupture, inattendue dans son cursus, lui permet de reproduire le modèle paternel qui a privilégié l'action à la carrière. La narration qu'il fait de la guerre vécue (duplicité des médias, violence des guerres civiles, cruauté des Africains) s'oppose à sa représentation adolescente et romantique (le plaisir de risquer sa peau, se dépasser).
Formation péri - fonctionnelle :
La famille, la religion et la sexualité jouent un rôle prépondérant dans la construction identitaire de Perceval. Entre les nombreux exercices intellectuels et physiques (le père les mitraillait de questions) auxquels son père l'a contraint, la violence permanente dans la fratrie (bagarre entre les deux frères, le frère casse la main de la grande sour), le sentiment d'être « plus petit et plus faible », le « seul blond », Perceval se sent incompris, mal aimé et incapable de répondre à l'attente exigeante de son père (le père voulait un fils prêtre). Une violence qui trouve son point d'acmé lors d'un affrontement gravissime où il songe à tuer son père. Cette confidence constitue la dernière phrase du récit comme s'il y avait urgence à la dire avant de retourner dans les rangs de la Grande Muette. L'engagement religieux, loin de le libérer provoque en lui un nouveau sentiment d'exclusion. Il se sent incompris mais cette fois par les non catholiques. Il affirme avec fierté son rejet viscéral de l'avortement au nom des valeurs chrétiennes, mais il ne cache pas sa révolte par rapport au « Bon Dieu » qui ne lui a pas permis d'engendrer le fils héritier dont il rêvait (il a cinq filles). Etant donné la piètre opinion qu'il a des filles (les gueuses, les françaises moyennes), on imagine, aisément, sa déception. D'ailleurs il avoue faire des différences entre ses filles et privilégier celle qui se comporte le plus en garçon.
Quant à la sexualité, elle lui donne l'occasion d'élaborer un catalogue de valeurs héritées du père (les filles belles, les garçons forts, ses filles doivent avoir une classe naturelle et rester pures jusqu'au mariage). Construite sur des représentations qui ont l'air solide, la personnalité de Perceval est néanmoins inhibée par la peur de l'échec (la vie c'est binaire rater ou échouer). Une seule chose le rassure, la hiérarchie et l'obéissance idoine. Malgré toutes ces perceptions négatives, Perceval tire son épingle du jeu en certaines circonstances, il s'enorgueillit de son côté littéraire, « hérité de maman », de son caractère sculpté dans la volonté de pureté et de perfection (ne pas fumer, ne pas boire d'alcool, ni de café) et de son ouverture d'esprit (aime se faire l'avocat du diable, discute avec un copain juif).
Interprétation globale du discours de Perceval
A la lecture des tableaux idianthropiques de Perceval, nous observons que la rubrique pré -fonctionnelle est prépondérante dans le temps et l'espace, alors qu'en ce qui concerne l'énergie, la formation péri - fonctionnelle représente plus de la moitié du récit. Une situation qui permet de penser que la formation expérientielle s'est déroulée sur une longue période et en des lieux multiples.
Dans cette rubrique pré - fonctionnelle, Perceval dévoile sa personnalité de petit dur au cour tendre séparé très tôt de sa mère et qui subissait les moqueries de son père (on t'a trouvé dans une poubelle). L'exigence de son père transformait la table familiale en centre d'examen, les garçons étaient soumis à une discipline sportive de fer. La pression exercée sur Perceval n'a fait qu'augmenter lors de son intégration dans un lycée militaire délite (98% de réussite au Bac, éjection des dix derniers de chaque classe en fin d'année). Perceval avoue d'ailleurs qu'il est toujours passé « ras les fesses ». La pression était exacerbée par les violences des caïds et un bizutage pénible. L'admission des filles dans son établissement provoque une profonde frustration et un rejet de celles qu'il appelle « les gueuses » et qu'il décrit comme des « poules dans un coquailler ». Cette formation initiale s'achève sur un « échec », Perceval qui a toujours cultivé « un petit mépris » pour les premiers de la classe, se retrouve Major de promo et contraint de défiler sur les Champs Elysées. Lui qui rêve de faire la guerre se retrouve à parader un quatorze juillet. Restent deux refuges dans ce monde agressif, la maison de sa grand-mère et la compréhension d'un de ses professeurs.
Bien que peu évoquée, la rubrique fonctionnelle contient pourtant un élément déstabilisant. Véritable bête à concours, habitué à obéir aux sollicitations de son père, Perceval vient pour la première fois de sa vie de « refuser l'obstacle », de rater le concours de l'Ecole de guerre. Il regrette cet échec dévalorisant mais le décrit également comme un premier acte d'émancipation. En refusant d'intégrer l'Ecole de guerre, Perceval retourne à la vision adolescente et romantique de l'armée, loin de la fonctionnarisation qui lui était promise s'il avait réussi son concours. Il rêve plus que jamais de risquer sa peau, d'aller faire la guerre et plus que la guerre, ce sont les théâtres d'opération qui sont auréolés, surtout ceux qui concernent son père (Algérie). En évoquant ces lieux d'affrontement, Perceval ne s'interdit pas des remarques racistes (la cruauté des africains, le refus d'assimilation des étrangers).
Les souvenirs négatifs arrivent en foule dans la rubrique péri - fonctionnelle. Perceval se retourne souvent sur son passé et exprime son ressentiment envers des parents qu'il accuse de désamour, son frère avec qui il se battait constamment, sa sour qui n'a pas suivi les principes et les valeurs chrétiennes et Dieu qui ne lui a pas permis d'avoir un héritier mâle. Toute sa vie semble avoir été soumise à la violence, la sienne et celle des autres, une violence qui aurait pu le mener à tuer son père. Même son engagement religieux est la conséquence d'un endoctrinement (son père voulait un fils prêtre) qui l'a rendu rigide, inflexible sur certains principes, en particulier dans le domaine de la sexualité. L'obéissance, qui lui a été transmise dans les gènes, l'entraîne à être lui-même très exigeant avec ses filles. Malgré les certitudes qui semblent l'animer, Perceval reste inhibé par la peur de l'échec (la vie c'est binaire : rater ou échouer). Quelques représentations positives émergent néanmoins, liées, essentiellement, à la perception de sa personnalité qu'il a su façonner selon ses propres valeurs.