Histoire 3

 

 

 

 

 

 1 Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de vie de Tanguy :



 

Donner des ordres, c'est pas si facile. Les subordonnés ne sont pas si bêtes. Alors, on le fait avec humour quand on connaît bien les gens. 130/ 150 personnes à commander c'est la dimension humaine. Sur un théâtre d'opérations, les personnalités apparaissent, l'homme naît. On a le droit de penser ce que l'on veut des ordres mais il est bon de ne pas toujours dire ce que l'on pense. Finalement, une carrière militaire c'est un parcours très linéaire. Tout petits, certains savent ce qu'ils veulent faire, les autres peuvent juste subir les événements. J'aurais pu changer de nana tous les deux ans, mais c'est rassurant d'être avec une femme. Je ne pourrais pas être équilibré. Si j'étais célibataire, je serais un abruti militaire. Je me rends compte que je n'ai quand même qu'un statut de vacataire à la maison. Mon père ne s'est jamais occupé de nous, il était chauffeur de bus. Avec mon frère, on s'est fait tout seuls. Dans l'armée, heureusement, l'ascenseur social n'est pas en panne. On peut trouver son bâton de maréchal dans sa musette. L'institution offre des perspectives. Les types ont des personnalités incroyables : certains jouent de la cornemuse, d'autres restaurent des antiquités, on a même un virtuose. Les engagés sont moins rustiques, moins rudes. Les appelés, ils étaient plus à fleur de bitume. Aujourd'hui, faire un feu ou plumer un poulet, c'est pas simple. Dans les appelés, il y avait au moins un ou deux fils d'agriculteurs pour montrer aux autres. Mes quatre fils font du sport mais ils n'ont pas envie de devenir militaires. Je pense qu'il y a un problème d'exemplarité, dans la mesure où mon épouse ne fait pas toujours son lit, on ne peut pas exiger de la discipline aux enfants. A la maison, c'est le folklore, je ne suis pas chez moi mais ça me met à ma place. Une femme soumise, ça doit être chiant, c'est la mort du couple. J'ai intégré l'idée de ma mort, nous n'avons pas le droit de ne pas prendre de précautions. Ma femme aura deux ou trois ans pour se retourner, prendre un boulot ou un mec. Dans l'armée, les agnostiques se reconnaissent mais mes amitiés vont au-delà de ce clivage-là. Depuis mon mariage, j'aurais pu suivre les conseils de mon beau-père, le général. En fait, j'ai surtout suivi ma carrière. Dans l'armée, vous prenez des décisions mais elles sont bien encadrées. On peut difficilement s'en écarter sauf à rater un concours comme celui de l'école de guerre mais là j'aurais eu l'engueulade à la maison. Le risque c'est d'en vouloir toujours plus, de s'élever à son niveau de Peter, à son niveau d'incompétence.

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Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de vie de Tanguy :


 

Préambule : Conscient que ses capacités personnelles ont été décuplées par l'armée, Tanguy sait qu'il peut leur faire confiance. L'expression des certitudes est toujours à un haut niveau comme si les maximes apprises par cour dans l'institution lui servaient de barrières protectrices. L'influence, qui arrive en troisième position, n'est pas ressentie comme déterminante dans la construction de sa personnalité. Les contraintes perdurent, entraînant un déplaisir récurrent. Le désir reste positif car Tanguy se prépare à échapper à une carrière prédéterminée par un beau-père général.


Sujet : Tanguy se félicite de son mariage qui lui a permis d'échapper au déséquilibre des célibataires et à une condition peu enviable « d'abruti militaire ».


Sujet + Quelqu'un : Tanguy fait entendre, là, sa petite différence. Il s'est fait tout seul malgré un démarrage un peu aléatoire dans la vie, il n'a pas cédé à la facilité refusant d'épouser une femme soumise et d'écouter les conseils de son beau-père. Il fait même preuve d'originalité dans une armée catholique en confessant son agnosticisme.


Sujet + Quelque chose : Tanguy dit qu'il a intégré l'idée de sa mort et qu'il n'a pas le droit de ne pas prendre de précautions pour protéger sa famille. Même s'il reconnaît n'avoir chez lui qu'un statut de vacataire, il veut montrer son sens des responsabilités.


Quelqu'un: Théoriquement, Tanguy fait la distinction entre les gens qui « savent ce qu'ils veulent faire » et ce qui « peuvent juste subir ». Il veut prouver qu'il se trouve nettement dans le camp des premiers avec ses pairs qui ont des « personnalités incroyables ». Leurs qualités (virtuose, musicien, restaurateur d'antiquités) rejaillissent sur lui, lui conférant une certaine gloriole. Il se valorise également à travers ses subordonnés (pas si bêtes, moins rustiques) et à travers ses fils qui refusent la carrière militaire, faisant fi de l'atavisme. Pour la première fois, Tanguy abandonne la première place, dans son histoire de vie, à des personnes qu'il considère plus brillantes que lui-même.


Quelque chose : L'armée comme instrument d'élévation sociale, Tanguy y croit même si pour lui une carrière militaire est un parcours très linéaire où les décisions sont téléguidées.


Impersonnel : La fragilité de Tanguy aperçue par ailleurs se confirme (donner des ordres, ce n'est pas si facile). La planification exhibée, ostensiblement, se lézarde (la carrière on peut difficilement s'en écarter, il est bon de ne pas toujours dire ce que l'on pense). Tanguy reconnaît que même le champ affectif ne se planifie pas (une femme soumise ce doit être chiant, c'est la mort du couple). Tanguy préfèrerait toujours mourir dans la gloire que vivre dans la médiocrité (s'élever à son niveau d'incompétence). Après avoir vampirisé l'armée pour concrétiser ses objectifs de revanche sociale, elle est devenue un boulet et presque une menace. L'émancipation est inévitable.

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