Occurrence des
pronoms personnels sujets
dans l'histoire de vie de Cézanne
Utilisation très fortement majoritaire du « je » avec une prépondérance dans le premier et surtout le deuxième récit (86% des pronoms sujets) et une chute importante dans le troisième. Si dans le premier récit cette forte implication se justifie, par la volonté de se présenter de manière globale au tiers interprétant, la présence d'un « je » massif dans le deuxième récit montre son désir de convaincre l'auditoire et de se convaincre qu'il a bien réussi à bétonner sa personnalité. C'est un « je » d'engagement qui est censé le valoriser. Dans le troisième récit, le « je » est toujours présent mais sous la forme dépersonnalisée du « on », Cézanne tente de se protéger eu égard aux révélations qu'il fait l'action du handicap de son fils sur la vie de sa famille.
On peut caractériser deux types de « on » : le « on » représentant une entité indéfinie et le « on », délégataire, remplaçant un « je » trop impliquant sur le plan affectif. Le premier est plutôt présent dans les deux premiers récits tandis que le second alimente un discours distancié dans le troisième. Ce choix langagier, le représentant toujours sous la forme du couple conjugal, permet à Cézanne de raconter des choses douloureuses à la troisième personne comme s'il n'en était que le témoin ou l'analyseur et non l'acteur.
La présence de manière quasi constante du pronom « elle(s) » indique l'importance que Cézanne accorde aux femmes qui l'entourent et aux rôles qu'elles sont amenées à jouer dans sa vie et plus largement dans la société aujourd'hui. Mais certains « elle(s) » accompagnent des regrets qui courent tout au long des récits : l'abandon de la vocation d'artiste, le mariage un peu contraint et la naissance de l'enfant anormal. Ce pronom désigne également Cézanne dans ce qu'il s'identifie aux femmes militaires et à leur chemin de croix.
Dans le premier et dans le dernier récit, Cézanne, par le pronom « il(s) », qualifie un père admiré et un fils qui constitue un boulet pour le présent et une menace pour l'avenir. Il utilise aussi le pronom « il(s) » pour désigner une fatalité qui semble le poursuivre et à laquelle il ne peut ou ne veut pas donner de nom.
La présence très parcellaire du « nous » dans le premier récit contribue à augmenter l'impression de dépersonnalisation. Le désert affectif, qui entoure Cézanne, apparaît en filigrane même s'il met un point d'honneur à le dissimuler.
L'absence
totale de « tu » et de « vous »
confirme le désert affectif comme si la carapace, dont Cézanne s'est
doté en embrassant la carrière militaire, l'avait surtout protégé des
sentiments et des passions.