Interprétation idianthropologique
de l'histoire de vie de
1 Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Cézanne.
2 Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Cézanne
3 Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Cézanne
4 Interprétation globale du discours de Cézanne
Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Cézanne
Préambule : Cézanne décrit son temps de vie comme autant de ruptures dictées par sa volonté ou imposées par les événements. Il minore, dans son souvenir, la période pré - fonctionnelle contrairement à la période péri - fonctionnelle et surtout la période fonctionnelle qui occupe une place centrale. Les contraintes temporelles prennent visiblement le pas sur les intervalles de liberté.
Période pré - fonctionnelle :
Dans cette première partie les références que fait Cézanne au temps contraint et au temps libre sont relativement équilibrées. La première rupture qui apparaît dans le discours concerne l'internat. Elle intervient en 6ème et va durer jusqu' à la terminale n'empêchant pas l'émergence d'un temps consacré à l'art et à la politique.
Période fonctionnelle :
Dans cette rubrique, prépondérante dans le discours de Cézanne, les contraintes apparaissent nombreuses, surtout liées à l'institution militaire. Les ruptures sont clairement identifiées (tout d'un coup, du jour au lendemain, pour la première fois). Elles représentent des périodes charnières, plutôt volontaires (rupture dans la façon de penser et avec le modèle rural, refus de voter, travaille pour la première fois) et plutôt ressenties comme temps saisi.
Période péri - fonctionnelle :
Cette période relativement bien fournie en souvenirs, abonde en références négatives sur les contraintes et les épreuves, tant du rôle à assumer dans la sphère domestique que du rôle hiérarchique à assumer face aux femmes engagées dans l'armée. On découvre un Cézanne agité, au fil du temps, par des peurs multiples (peur d'affronter ses pairs, peur de réitérer le handicap du premier enfant, peur de la majorité de son fils).
Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Cézanne
Préambule : Cézanne évoque son espace écologique divisé en deux éléments équivalents, la sphère familiale et la sphère professionnelle. La première étant souvent synonyme de contraintes extérieures, la seconde de contraintes intérieures. Le Milieu péri - fonctionnel occupe un espace prépondérant où les zones d'incertitude sont minorées dans le discours. Le Milieu fonctionnel est lui aussi fortement évoqué, ici, encore, les contraintes dominent largement les interstices de choix individuels. Le Milieu pré - fonctionnel occupe une place réduite dans les souvenirs de Cézanne où les Contre espace et Entre espace s'équilibrent.
Milieu pré - fonctionnel :
Dans cette première partie, succincte et plutôt équilibrée entre Contre espace et Entre espace, Cézanne décrit la vie d'un fils de paysan dans une France bucolique, avec les contraintes inhérentes à l'éloignement des lieux urbains (deux kilomètres entre la maison et l'école, internat) et les richesses de la vie campagnarde. Il exprime son attirance pour les Beaux-Arts, qu'il pratique en dilettante mais auxquels il devra renoncer pour ne pas quitter sa région.
Milieu fonctionnel :
On découvre, ici, la liaison entre le milieu de la ruralité auquel il a échappé et le milieu militaire qu'il a embrassé par hasard. A l'immobilisme du premier correspond le nomadisme du second ; étrangement, c'est pourtant la sensation d'être enfin sur des rails qui semble rassurer Cézanne. Comme s'il avait tiré un trait sur les déambulations de son adolescence. Malgré tout, les orientations nécessitées par l'institution (le mariage prémédité, la promiscuité et l'ingérence militaire) le perturbent et déséquilibrent largement les souvenirs du côté négatif.
Milieu péri - fonctionnel :
Cette rubrique, la plus importante du récit de Cézanne, est largement dominée par la négativité, à cause de l'appréciation des lieux liés au handicap de son fils et aux entraves générées par ses obligations familiales (marginalisation forcée, services médicaux, recherche d'instituts spécialisés, mutations subordonnées au handicap). Quelques interstices de liberté concernent son engagement bénévole dans des associations de parents d'enfants handicapés et les visites qu'il rend à ses parents dans la propriété familiale. Le sentiment d'appartenir à « une minorité visible » s'oppose à un désir, toujours poursuivi, de normalisation.
Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Cézanne
Préambule : Cézanne vit visiblement ses rapports à la formation, surtout expérientielle et continue, comme des moyens d'émancipation, de réussite et de reconnaissance. La sensation que la formation est un instrument libératoire se confirme particulièrement dans la partie consacrée à la formation fonctionnelle où Cézanne insiste sur le rôle de l'armée dans son ascension sociale. La formation péri - fonctionnelle, bien que très fournie en références positives, souligne le caractère pénible des contraintes familiales lesquelles semblent s'opposer au plaisir militaire de commander, voyager et se cultiver en abandonnant la facilité. La formation pré - fonctionnelle s'équilibre quasi parfaitement entre ce qui est subi et ce qui est choisi.
Formation pré - fonctionnelle :
Malgré une scolarité « sans enthousiasme », le rejet de l'internat, Cézanne, enfant puis adolescent, tire son épingle du jeu en allant à l'école de la nature, en répondant à sa vocation de peintre, mais aussi en suivant des mouvements de contestation (j'avais des copains communistes, j'étais un peu rebelle, une sorte d'anarchiste).
Formation fonctionnelle :
Cette rubrique épouse presque parfaitement les contours de la formation continue effectuée dans le cadre de l'institution militaire. Cézanne ressent très peu de contraintes, hormis la fréquentation de pairs « un peu frustes » lors de l'engagement et l'obligation d'abandonner l'action dans la dernière partie de carrière. Toutes les autres références sont positives, il se sent valorisé par ses choix (major de promo, choix d'un régiment, choix en rupture avec la vis d'artiste). Il semble avoir assouvi son désir de reconnaissance, il éprouve, même, la sensation d'être sur le point d'accéder au corps des élites. L'armée lui permet, également, d'échapper à un environnement familial étouffant, culpabilisant et douloureux.
Formation péri - fonctionnelle :
Ici, ce sont les contraintes qui dominent largement, souvent liées aux obligations familiales (difficultés de couple, angoisse de se mettre l'enfant handicapé sur les bras) mais aussi professionnelles (stage d'aguerrissement, mariage de convenance, démission de l'institution sur le handicap). Apparaît, aussi, une nouvelle ligne de fracture, le questionnement que Cézanne ressent en tant qu'officier sur le bien-fondé de certaines guerres qui prétendent « exporter la démocratie par les armes ». Restent, quand même, quelques bonnes raisons d'espérer : la naissance d'autres enfants lui permet de se débarrasser du sentiment de fatalité qui l'accablait. Sa pratique du dessin lui permet de garder un pied dans son adolescence, dont il semble avoir gardé une certaine nostalgie. Il évoque, également, son avenir et envisage de participer à la planification de la féminisation des armées.
Interprétation globale du discours de Cézanne
A la lecture des tableaux idianthropiques, nous remarquons que Cézanne accorde une place de choix à l'énergie idiosyncrasique, soit à la formation, tant formelle qu'informelle. Les références aux lieux de vie n'ont pas une place anodine dans sa mémoire, entre la scène familiale où se joue un véritable drame et les théâtres d'opérations. Les périodes existentielles ont surtout été marquées par des ruptures.
La rubrique pré - fonctionnelle apparaît globalement positive : Cézanne, enfant et adolescent conteste, dessine, se laisse vivre en prenant, même, le contre-pied de ses aînés, plus normalisés. Les contraintes ne sont pourtant pas absentes du discours : l'enfant se languit à l'internat, sa scolarité devient pénible, et l'adolescent doit renoncer aux Beaux-Arts, trop éloignés de sa région.
Cézanne n'a de cesse de confirmer l'importance de son engagement militaire sur le déroulement de sa vie. Il est donc bien normal de trouver à la rubrique fonctionnelle des indications multiples attestant cette prépondérance. L'armée tient la place d'instrument libératoire pour échapper au modèle de la ruralité. L'exotisme, le romantisme, l'héroïsme sont autant de passeports pour l'imaginaire mais ce qui a convaincu Cézanne de faire carrière dans l'armée, c'est la « sensation d'être enfin sur des rails », de se normaliser, de pouvoir construire sa personnalité (abandon de la facilité, porte une cravate, change ses lectures). Dans le tableau de l'énergie idiosyncrasique, on constate un déséquilibre important au bénéfice de l'Entre énergie, Cézanne y exprime la sensation très positive d'avoir fait des choix réfléchis et déterminés. On peut parler d'appropriation d'un parcours de vie qui, en dehors de ce cadre institutionnel, lui échappe.
Deuxième en importance volumique, la rubrique péri - fonctionnelle, franchement négative, est surtout l'occasion pour Cézanne d'évoquer l'handicap de son fils et toutes contraintes afférentes, en particulier les difficultés de couple et l'angoisse de l'avenir qui n'est que le miroir d'une vie familiale peu gratifiante. Celle-ci a commencé par un mariage de convenance, s'est poursuivie par une séparation de résidences et la naissance d'un enfant handicapé. Cette rubrique comporte, néanmoins, quelques mentions positives en Entre espace (bénévolat dans les associations, se rapproche des minorités, enfant bien intégré dans le milieu familial) et en Entre énergie (peur vaincu de l'atavisme et fin du sentiment de fatalité).