Histoire 2
1 Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la deuxième histoire de vie de Perceval :
A Saint-Cyr, le bizutage ne tombe pas au bon moment, l'adoubement a lieu juste avant de recevoir le grand uniforme mais la première année on est déjà saint-cyrien, on nous bahute pour nous pousser à bout, tester nos motivations. Heureusement, c'est très règlementé mais il y a aussi un bizutage en sous main et là c'est dangereux. On court en pleine nuit dans la campagne, on doit grimper les barreaux mouillés d'une échelle de fer. On sait là si on est fait pour ça. Je pense à un jeune qui était venu à Saint-Cyr sans savoir que c'était une école militaire, il avait seulement passé le concours et l'avait réussi. Il est reparti très vite. Les épreuves du bizutage sont supportables sur le plan physique, le plus dur c'est l'aspect psychologique. Moi, je voulais sortir dans les vingt premiers de l'école, j'ai été premier les deux premières années, puis sixième la dernière année. C'est ce que je voulais, je ne voulais pas de l'étiquette de premier de classe, j'avais un petit mépris pour les premiers mais le classement de l'école s'est fait sur la deuxième année, j'ai été major et donc porte-drapeau sur les Champs. A cause de ce classement, je n'ai pas pu faire ce que je voulais vraiment. J'étais programmé pour l'école de guerre. Comme je résistais, on m'a dit que je finirai capitaine, con et aigri. Le problème du concours de l'école de guerre, c'est que si on le réussit, on passe dix ans dans les états-majors avant de pouvoir devenir chef de corps, finis les voyages, l'action. Les chefs de corps n'ont pas d'autonomie, ils sont pilotés de Paris. On devient un homme public, constamment en représentation. Moi, je ne suis pas un pot de fleurs. Pour moi, l'action prime l'ambition. N'empêche qu'on est des bêtes à concours, j'aurais préféré ne pas rater le concours de l'école de guerre. C'est dévalorisant même si je sais que je ne voulais pas le réussir. Je n'ai pas pu bosser sur un truc que je ne voulais pas faire. La première année, j'ai quand même frisé l'admissibilité. De toute façon, dans quinze ans, je veux avoir quitté l'armée. J'aimerais travailler dans le civil dans une société de prévention des crises. Ce sont des sociétés privées qui interviennent sur les théâtres d'opérations en marge de l'Etat, on aide les ressortissants à quitter les pays en crise, on protège les entreprises qui le souhaitent. J'ai été très marqué par un film Croix de Fer, un sous officier allemand privilégie l'action aux honneurs. Ce qu'il y a de pire dans la guerre, c'est les débordements. C'est ça que je veux gérer. Lors de mon deuxième passage en Bosnie, je faisais partie d'une petite équipe de renseignements, j'ai vu les différences entre ce que disent les médias et la réalité du terrain. Les guerres civiles sont les pires. J'ai beau aimé beaucoup les Africains, plutôt chez eux qu'en France d'ailleurs, je sais que dès qu'il y a du sang, ils deviennent fous, ils font des atrocités, coupent des bras. La mort n'a pas la même valeur pour eux que pour nous. La première fois qu'on m'a tiré dessus, mon taux d'adrénaline est monté d'un coup, on pense aux hommes d'abord, le cerveau travaille à cent pour cent. Je ne pensais pas à moi. J'étais bien. J'ai aimé ça, c'est un jeu d'échecs grandeur nature. Hélas, je n'ai pas fait la guerre contrairement à mon père qui a fait l'Algérie. J'ai failli casser mon contrat à Saint Cyr pour aller faire la première guerre du Golfe. Mais je regrette rien, on gère de l'escarmouche dans ces guerres-là, on n'a personne en face, juste des bandes rebelles sans hiérarchie, sans entraînement. En Bosnie, c'était autre chose, les mecs c'est des rustiques, quand on est arrivé, ils avaient six ans de guerre d'avance. En karaté ou en boxe, j'ai toujours cherché un adversaire à ma taille ou même plus fort. Mon grand frère a toujours été plus fort mais je lui ai promis qu'un jour je lui rentrerai dans le chou. s'il manque de respect à ma femme par exemple. A neuf dix ans, on se tapait sans arrêt dessus, ou plutôt c'est lui qui me cognait jusqu'à ce que je pète un plomb, il me mettait à genoux et cognait jusqu'à ce que je pleure, et je ne pleurais pas. Un jour, je l'ai poursuivi avec un couteau de cuisine de ma mère, je l'aurais piqué. C'était pas la première fois que je lui lançais des couteaux à la figure. C'était très violent entre nous mais jamais à la maison, mon père disait vous pouvez vous entretuer mais pas sous mon toit. Mon frère a cassé la main de ma grande sour, il faut dire qu'elle se laissait pas faire. Mon père nous avait toujours dit qu'un homme de sa famille ne passe pas sous une barrière, il doit toujours sauter l'obstacle. Pour la première fois de ma vie, en refusant l'école de guerre, je refuse l'obstacle. Je ne fais pas le fanfaron pour autant. J'ai raté. J'aurais aimé remettre le yaourt en marche, étudier. J'adore répondre aux questions. En préparant le concours avec un copain, on prenait une question, et on traitait tout. C'était un jeu de réflexion mais aussi de devinette. Ca m'a toujours plu d'essayer de deviner ce que celui qui pose la question veut que je réponde. Plus que la réponse juste, je cherche la réponse attendue. Je peux défendre une idée maîtresse discutable, pourvu que j'aie l'argumentation béton. D'ailleurs, je rate les épreuves de rapidité, j'aime décortiquer les énoncés, je peux passer deux heures à comprendre ce qu'on me demande. Après je manque de temps pour rédiger.
Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la deuxième histoire de vie de Perceval :
Préambule : Les expressions de la capacité
et du plaisir sont dominantes dans le discours, la première positivement, la
seconde négativement. Les quatre autres rubriques sont dans un mouchoir de
poche : l'influence négative, le désir positif, la certitude positive et
enfin la liberté, négative.
Sujet :
C'est le Perceval programmé pour l'Ecole de guerre qui est, ici, face à
son échec. Il tente d'évacuer les regrets en affirmant qu'il ne voulait pas
réussir, un peu comme lorsqu'il est devenu Major à Saint-Cyr, contre sa volonté.
Ce Perceval-là ne fanfaronne pas pour autant.
Sujet
+ Quelqu'un : Perceval laisse libre cours à son animosité envers
son frère aîné auquel il s'est toujours confronté (je l'aurai piqué, je lui
lançais des couteaux). Le contentieux ne semble pas près de s'éteindre puisque
Perceval emploie le futur (je lui rentrerai dans le chou). Parallèlement, il
laisse passer des notions racistes, dont il se défend, concernant les Africains
qui n'ont pas les mêmes valeurs que lui.
Sujet
+ Quelque chose : Perceval confie, ici, le plaisir qu'il a à
étudier (trouver les réponses attendues, travailler une argumentation béton,
remettre le yaourt en marche), le fait qu'il aurait préféré ne pas rater le
concours d'Ecole de guerre. Pourtant, on sent une certaine jubilation infantile
à avoir fait échouer les projets paternels (pour la première fois de ma vie en
refusant l'Ecole de guerre, je refuse l'obstacle). Perceval place son échec sous
le signe du romantisme, en se comparant à un sous-officier allemand, héros d'un
film de guerre, qui privilégie l'action aux honneurs. Pour Perceval, échouer à
l'Ecole de guerre doit lui permettre de rejoindre les théâtres
d'opération.
Quelqu'un :
Hormis une incursion dans le milieu familial, toujours aussi violent,
Perceval évoque avec admiration voire envie ceux qui font ou ont fait la guerre,
son père en tête.
Quelque
chose : Comme si le sévère bizutage de Saint-Cyr l'avait préparé
aux terrains de la guerre, Perceval les rassemble dans son récit. Rejetant avec
force l'armée des fonctionnaires planqués à Paris, il aspire à retourner à
l'action. La réussite au concours de l'Ecole de guerre le condamnait à
l'immobilisme, son échec va lui permettre de voyager à nouveau vers des guerres
idéalisées, peuplées de chevaliers héroïques.
Impersonnel : Ici, Perceval oppose la guérilla (des bandes rebelles sans hiérarchie et sans entraînement) à la vraie guerre où « le cerveau travaille à cent pour cent ». Son rêve reste d'intervenir, comme force de frappe, dans les pays en crise pour protéger les ressortissants et les entreprises.
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