Interprétation idianthropologique de l'histoire de vie de

Marie-Charlotte

 


 


 

1   Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Marie-Charlotte.

2   Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Marie-Charlotte

3  Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Marie-Charlotte

4  Interprétation globale du discours de Marie-Charlotte



 

Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Marie-Charlotte.

 


Préambule : Se plonger dans l'histoire de vie que Marie-Charlotte fait de ses temps de vie équivaut à lire un catalogue d'échecs assortis d'un sentiment de honte. La période pré - fonctionnelle n'occupe qu'une place secondaire dans les souvenirs de Marie-Charlotte, elle lui permet de souligner l'importance de ce temps d'enfance et d'adolescence, vécu sous diverses contraintes (familiales et scolaires). La période fonctionnelle occupe à peine un strapontin au cour de l'histoire de vie, Marie-Charlotte n'en profite pas moins pour déverser sa rancour contre l'inutilité de ces temps imposés sur le cours de sa vie. Malgré les contretemps importants de la période péri - fonctionnelle, Marie-Charlotte sent poindre un avenir plus heureux, elle positive.


Période pré - fonctionnelle :

Tout a plutôt mal commencé pour Marie-Charlotte, née trop tôt. Ses déboires scolaires coïncident avec les choix imposés que ses parents font pour elle (choix de l'anglais). Une importante rupture va intervenir alors qu'elle se trouve en seconde, son père est licencié ce qui fait dégringoler la famille dans une autre classe sociale. Marie-Charlotte qui se croyait protégée par son statut de fille du patron va se retrouver dans un lycée technique avec des cas sociaux, avant d'être séparée de sa famille pendant plusieurs mois.


Période fonctionnelle :

Après avoir passé une période de liberté chez une amie de sa mère, Marie-Charlotte doit vivre une année de contraintes chez ses parents. Si aujourd'hui, elle a une sensation de perte de temps, c'est que toutes les formations imposées par ses parents lui ont semblé du « temps perdu » (son stage de dactylo facturière). En exigeant d'elle le paiement d'un loyer, ses parents l'ont également poussée à faire « des petits boulots en maternité » qui lui ont aussi paru une perte de temps. En revanche, la formation, qu'elle suit au moment de l'entretien, change complètement ses sensations. C'est même la sensation de vivre intensément au présent qui éclaire son passé d'une manière négative.



Période péri - fonctionnelle :

Malgré les souffrances multiples évoquées au fil du temps par Marie-Charlotte (dix années enfermée au foyer, une année d'isolement complet, un avortement thérapeutique après une grossesse difficile), cette rubrique comporte de nombreuses références à du temps choisi (des moments consacrés à sa fille, les promenades dans sa voiture). La positivité de cette rubrique se confirme lorsque Marie-Charlotte évoque son futur au sein de sa famille (je ne mentirai plus à ma mère) et au sein de l'hôpital où elle souhaite exercer comme aide-soignante (avoir le temps de s'occuper des autres au moment de la mort). Une date précise domine l'histoire de vie, Noël, la période des réunions familiales et des remises en question pour Marie-Charlotte.

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Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Marie-Charlotte


 

Préambule : Marie-Charlotte dessine deux champs très opposés : la sphère domestique et la sphère publique. La première essentiellement décrite à travers des maisons, la seconde à travers les lieux de formation et de travail. Si ces derniers sont souvent contraints dans le milieu pré - fonctionnel, ils sont plutôt libérateurs dans le milieu fonctionnel. Les maisons, toujours liberticides, occupent l'espace dans le milieu péri - fonctionnel.


Milieu pré - fonctionnel :

Collège, lycée littéraire d'élite, lycée technique plein de cas sociaux, quel que soit l'établissement, Marie-Charlotte subit des orientations pénibles (l'anglais plutôt que l'allemand, bureautique plutôt que SMS) qui vont à l'encontre de ses désirs (aller soigner en Afrique). Il lui faudra attendre d'avoir quitté le domicile parental pour rejoindre des centres de formation correspondant à ses choix.


Milieu fonctionnel :

Les centres de formation continue constituent l'ossature du monde que Marie-Charlotte veut se construire. Contrainte de vivre chez ses parents, elle subit encore leur influence pour un stage hors-jeu par rapport au programme d'émancipation de Marie-Charlotte. Le centre de formation, dans lequel Marie-Charlotte prépare son concours d'aide soignante, l'hôpital, où elle fait un stage en gériatrie, tracent un futur qu'elle imagine au milieu des autres, dans l'unité de soins palliatifs au sein de laquelle elle rêve de s'investir pleinement.


Milieu péri - fonctionnel :

Maisons, usine, auto-école, c'est le triangle de fer de Marie-Charlotte. Un triangle formé de barreaux infranchissables. Que ce soit dans la première maison familiale décrite comme fastueuse, ou dans la maison de campagne isolée de tout, prêtée par la famille du mari, Marie-Charlotte raconte son passé de recluse (privation de liberté de déplacement, espace limité aux tâches ménagères). La maison de ses parents dans le Midi, où se déroulent tous les Noëls familiaux, abrite frustrations et compromissions. Reste la maison personnelle, acquise avec son mari, un refuge qu'elle consent enfin à ouvrir à d'autres personnes que sa propre famille (recevoir des amis à la maison). L'évocation de l'ancienne usine, dont son père était le patron, est surtout l'occasion pour Marie-Charlotte de raconter la dégringolade sociale. Sa position enviable de fille à marier dans un milieu bourgeois s'est transformée en cauchemar. Elle est restée en arrière, ses parents ayant choisi de n'emmener avec eux que les garçons. Une référence positive, son aventure à l'auto-école. Elle décroche son permis par hasard, elle ne conduit pas pendant des années, profite d'un cadeau de Noël pour reprendre des leçons. Enfin heureuse de pouvoir se déplacer de manière autonome, sa voiture devient un espace de liberté, elle rend visite à ses amis, amène ses gosses à la mer.

 

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Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Marie-Charlotte


 

Préambule : On pourrait appeler cette partie : splendeur et misère des filles de riches. Prédestinée par le niveau socioéconomique de ses parents à réussir un beau mariage, Marie-Charlotte décrit une véritable déchéance dans la formation pré - fonctionnelle. Dans la formation fonctionnelle, Marie-Charlotte fait le deuil de son ancienne image et accède à une nouvelle socialisation. La formation péri - fonctionnelle se divise en récriminations contre sa famille et en valorisation de ses actes d'émancipation, même minimes.


Formation pré - fonctionnelle :

Fille aînée non désirée, Marie-Charlotte n'est valorisée que par son statut de fille de patron. Les enfants d'ouvriers lui disent qu'ils ne pourront jamais l'épouser. A l'école, elle se laisse vivre, elle croit que « ça va durer toujours ». L'échec scolaire devient un véritable handicap lorsque son père est licencié. Elle comprend, alors, qu'il va falloir se battre, elle n'y est pas préparée.


Formation fonctionnelle :

Les stages de formation, que Marie-Charlotte effectue dans différents domaines (dactylo facturière, aide à domicile), lui laisse une sensation d'inutilité, elle a l'impression d'aller à l'encontre de sa personnalité. Il lui arrive encore de ressentir le décalage socioculturel, mais ce n'est plus aussi négatif, elle accède à une certaine socialisation et même à une certaine compassion pour les autres. Elle retrouve le goût d'apprendre. La préparation au concours d'aide soignante lui confirme qu'elle est faite pour les métiers de la santé. Bien que dévalorisée par son père, peu soutenue par sa mère, Marie-Charlotte est heureuse d'avoir la confiance de son mari.


Formation péri - fonctionnelle :

Le sentiment qui domine, c'est la jalousie. Celle que Marie-Charlotte ressent envers ses frères, mieux lotis, protégés de « la dureté de la vie » par ses parents. Elle dénonce « les conflits et compromissions » et toutes les stratégies d'évitement qu'elle déploie pour éviter de culpabiliser ceux qui l'ont abandonnée ou qui ont laissé faire. Elle se reconnaît des responsabilités, elle a eu tort d'arrêter toute activité extérieure, de se dévaloriser dans des tâches ménagères, de devenir une mère envahissante pour meubler son vide. Face à cette série de représentations négatives, Marie-Charlotte dresse aussi le catalogue de ses actes d'émancipation (l'apprentissage de l'autonomie avec une amie de sa mère, ses nouveaux cours de conduite). L'invitation de ses beaux-parents un soir de Noël, période habituellement réservée à ses propres parents, instruit de nouveaux rapports familiaux dans lesquels le mensonge n'aura plus sa place (désir de relations non superficielles). Dernière remarque, Marie-Charlotte évoque l'histoire de vie comme le bilan qui lui permet de faire table rase et de se tourner vers l'avenir.


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Interprétation globale du discours de Marie-Charlotte


 

A la lecture des tableaux idianthropiques, nous constatons que Marie-Charlotte, écartelée entre son passé de grandeur et son présent de misère, n'a guère eu le temps de rêver son avenir. Les multiples références à des milieux montrent l'importance accordée par Marie-Charlotte à la géodynamique idiosphérique. Au moment où elle réalise son histoire de vie, elle est en pleine crise identitaire. A la honte, de n'avoir pas tenu les promesses de sa classe socioculturelle, succède la détermination de la vie qu'elle souhaite construire.


Marie-Charlotte a subi très tôt le principe de la douche écossaise : d'abord soumise au chaud, un cocon familial plutôt aisé, un environnement qui la valorise en tant que « fille du patron », puis au froid, le licenciement de son père, son abandon chez une amie de sa mère. Marie-Charlotte, peu préparée à affronter une vie de difficultés sociales, se retrouve dans un univers hostile. Elle ne peut même pas se raccrocher à l'école qu'elle a un peu dédaignée, convaincue que la position sociale de ses parents, lui permettrait de faire un beau mariage. Dans cette rubrique pré - fonctionnelle, Marie-Charlotte désigne ses parents comme les principaux responsables de sa déchéance.


Dans la rubrique fonctionnelle, Marie-Charlotte développe deux sentiments : celui de la perte de temps et celui de sa volonté d'émancipation. Avec comme corollaires, dans un premier temps, l'isolement puis la socialisation. Les temps de formation ont constitué du temps perdu quand ils étaient contraints et un enrichissement personnel quand ils étaient choisis. Marie-Charlotte assimile son goût d'apprendre à sa décision de préparer le concours d'aide soignante et de rejoindre, un jour, l'unité de soins palliatifs. L'influence de ses parents reste négative, son père la dévalorise et sa mère reste indifférente mais Marie-Charlotte y est moins sensible.


Marie-Charlotte ne peut s'empêcher d'évoquer, avec une certaine hargne, toutes les maisons où elle s'est sentie prisonnière. La mémoire de Marie-Charlotte est hantée par la somptueuse maison de son enfance, la vieille ferme, prêtée par sa belle-famille et la maison des Noëls familiaux : un véritable triangle de fer. Une autre bâtisse s'élève dans l'histoire de vie, l'usine du père, véritable signe extérieur de pouvoir. Sise dans une ville moyenne, elle conférait à ceux qui y résidaient, un statut proche de celui du seigneur. Privée de cette protection, Marie-Charlotte s'enfonce dans le mépris d'elle-même, se cache aux yeux du monde. Elle ne dénonce plus ses parents comme seuls responsables, et pointe ses propres insuffisances. Cette rubrique péri - fonctionnelle est aussi l'occasion de raconter les Noëls familiaux, petits théâtres de la médiocrité ordinaire, d'où pourtant va jaillir le premier acte d'émancipation de Marie-Charlotte. En effet, elle va se servir de l'argent que lui donne sa mère en cadeau pour reprendre des leçons de conduite et accéder à l'autonomie.


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