Occurrence des pronoms personnels sujets
dans l'histoire de vie de Marie-Charlotte
L'utilisation ultra majoritaire du pronom « je » est permanente tout au long de l'histoire de vie, avec une pointe à 85,7% dans le deuxième, même pour des décisions ou des situations qui englobent d'autres personnes (notamment le mari). Beaucoup de phrases commencent par « Je » souvent suivi par des verbes de désir ou de regret (voulais, veux, ai du, aurais pu.). Cette forme d'appropriation infantile du monde montre un niveau culturel assez faible et une immaturité avérée. Marie-Charlotte renforce son « je » par l'instrumentalisation du pronom « moi » (moi, je), surtout dans la première histoire (rapport avec les parents). Cette façon de s'exprimer dénote un manque de confiance en soi (c'est bien moi qui parle, vous devez me croire, lance-t-elle symboliquement à l'interlocuteur et finalement à elle-même). Ce « moi je » confirme, également, un comportement infantile.
Le pronom « il » désigne des personnes que Marie-Charlotte souhaite valoriser dans le discours, soit de manière positive (son fils, son mari, le stagiaire), soit de manière négative (son père, son frère). De manière plus impersonnelle, il représente le stage qui lui a redonné confiance en elle. Singulièrement plus présent dans les premier et troisième histoires de vie, le pronom « il » permet à Marie-Charlotte, dans un premier temps, de se débarrasser des ressentiments accumulés et en définitive de rendre hommage à ceux qui lui ont laissé une chance de se réaliser.
Utilisation fréquente de « ils » pour nommer les parents, surtout dans la première histoire. Cela montre un ressentiment profond, un sentiment réel d'injustice mis en avant par Marie-Charlotte à l'égard de ses parents. Elle semble ne s'en être jamais remise. Par ailleurs ces « ils » (les parents) sont quasiment toujours suivis de verbes qui expriment des actions et des choix contraires à ceux de Marie-Charlotte. Les « ils » sont, quelquefois, remplacés par « eux » qui sont tout aussi globalisants et impersonnels. Une manière qu'utilise Marie-Charlotte pour ne pas désigner nommément ses parents dont elle juge l'attitude envers elle, innommable. C'est aussi une manière de se dégager de la culpabilité issue du ressentiment qu'ils lui inspirent.
Le sentiment d'exclusion ressenti par Marie-Charlotte est confirmé par l'utilisation exclusive du « on » pour parler de sa famille d'origine, qu'elle fasse ou non partie du groupe. Ce choix d'un « on » délégataire conforte l'impression d'un attachement familial très difficile, un amour - haine. On pourrait rétorquer que les Noëls familiaux sont des moments importants dans la vie de Marie-Charlotte ; en réalité, ils ne semblent être qu'une preuve de la soumission de Marie-Charlotte, encore sous le joug de ses parents et dont elle essaie, tout dernièrement, de se libérer. Par le biais du « on » indéfini, Marie-Charlotte pontifie donnant, ainsi, à son engagement une valeur indéniable.
Les quatre pronoms « tu », présents dans les premier et troisième histoires de vie, montrent le désir de reconnaissance et d'intimité de Marie-Charlotte. Trois lui sont directement adressés, ils la valorisent. Le quatrième évoque Marie-Charlotte incitant son mari à la seconder dans les tâches ménagères, c'est un « tu » d'émancipation.
Les pronoms « elle » désignent la maison de campagne où elle s'est isolée, sa meilleure amie seul lien social pendant une longue période et sa fille, avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle.
La seule référence à la gent féminine, à laquelle s'identifie, visiblement, Marie-Charlotte, est l'occasion de montrer par l'utilisation du pronom « elles » la différence d'efficacité entre les hommes et les femmes, au profit de ces dernières.