1 Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de Marie-Charlotte :
J'aurais pu essayer trois ou quatre ans plus tôt de revenir vers l'emploi. J'étais un peu coincée. Pas de voiture, je ne conduisais pas. J'avais le permis mais je ne m'en étais jamais servie. Je ne savais pas du tout conduire. J'avais peur de prendre le volant. Mon mari me disait mais comment tu as fait pour avoir le permis. Je l'ai eu mais c'est un coup de chance, l'examinateur partait à la retraite. Il nous l'a donné à tous. La femme de l'auto-école était furieuse. Je lui ai promis de revenir. Mon mari n'avait pas la patience, je n'étais pas motivée. Je dépendais toujours de quelqu'un pour me déplacer. Souvent c'était ma meilleure amie, puis elle a trouvé un travail. Il y a juste cinq ou six ans que je reconduis. J'avais une somme d'argent que ma famille m'avait donnée à Noël. Encore un Noël. J'en ai profité pour reprendre des cours de conduite. C'était le moment pour moi. J'aurais pu l'utiliser pour mes gamins comme d'habitude mais j'ai eu envie de m'en servir pour moi. Le facteur déclencheur, je ne le connais pas. J'ai enfin eu une voiture, j'aimais bien me promener. J'ai amené mes gosses à la mer. J'allais voir des amies, seule. J'ai carrément pris ma voiture tous les jours. Quand je compte la perte de temps entre le permis, les études, le retour à l'emploi, je ne vis pas dans les regrets mais j'ai quand même perdu du temps. Je briquais tout le temps, j'avais toujours un chiffon à la main, je ressentais peut-être que mon rôle était là. Et ça a duré une dizaine d'années. J'étais presque maniaque, mes enfants avaient le droit de jouer mais ils pouvaient déballer leurs jouets quinze fois, quinze fois, je rangeais. C'était obsessionnel. Quand j'ai repris un petit boulot dans un camping, j'ai dit à mon mari, il faut que tu amènes les gosses chez tes parents,il m'a regardée et m'a dit mais comment je vais faire. Ce sont des questions que les femmes ne se posent pas. Elles font. Maintenant, il a appris à faire le ménage, il va faire les courses et même il repasse. Une année, mon mari s'est retrouvé au chômage, il a fait un stage. J'étais seule dans une maison de campagne isolée avec ma petite fille de deux ans et demi. Je n'avais même pas un vélo. C'était un peu dur, ça m'a refermée. Cette période ne m'a pas fait du bien, c'est sûr. D'ailleurs mes frères m'avaient prévenue que c'était mauvais cet isolement mais financièrement c'était une facilité, la maison appartenait à la famille de mon mari. Aujourd'hui encore, je suis très méfiante avec les gens. Le seul stagiaire de sexe masculin est venu à la maison dernièrement, je l'ai invité car il est très gentil mais je sais qu'il y a seulement deux ou trois mois, je n'aurais pas pu le faire. De toute façon, je refuse les relations superficielles, je préfère connaître moins de monde mais de manière plus profonde. C'est la première fois que je fais le bilan, ça fait du bien mais je n'ai plus de regret, je suis tournée vers l'avenir, mon concours d'aide soignante.
Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de Marie-Charlotte :
Préambule : Dans cette troisième histoire assez nettement négatif, Marie-Charlotte évoque surtout les privations de liberté, les obligations, le temps perdu. Si elle parle également d'influences positives à son endroit, surtout des conseils ou des coups du sort, elle mentionne également des dépendances, des méfiances à l'égard d'autrui. Les désirs sont plutôt positifs, Marie-Charlotte parle d'envies nouvelles, dirigées vers sa propre personne, ce qui est nouveau dans sa vie.
Sujet : Ici, Marie-Charlotte ne s'exprime quasiment que sur des sensations négatives à son endroit. Elle évoque un passé douloureux fait d'obligations et d'incapacités. Seule est positive la remarque sur la sortie de chez elle pour aller se promener.
Sujet + Quelqu'un : Cette rubrique, assez largement dominante dans le discours de Marie-Charlotte, apparaît équilibrée. Mais cette apparence d'équilibre est trompeuse. La notion de liberté montre une perception de Marie-Charlotte du rôle de mère au foyer totalement négatif, une sensation forte de déplaisir quand elle s'est retrouvée isolée avec ses deux enfants dans la maison des beaux-parents, la négativité s'exprime également dans l'incertitude de son mari quant à la validité de son permis. En revanche, les notions de capacité et de plaisir très peu présente parlent d'une socialisation appréciée grâce à sa voiture. Enfin, l'influence, de loin le plus exprimée, plutôt positive, n'en montre pas moins les contradictions internes de l'histoire de Marie-Charlotte. D'un côté l'ouverture de sa porte au seul stagiaire masculin de son groupe de formation, de l'autre sa méfiance rémanente d'avec les gens.
Sujet + Quelque chose : Rubrique imposante, également, elle est parfaitement équilibrée. Son discours concerne essentiellement sa nouvelle capacité à conduire sa voiture. Cette nouvelle liberté, arrivée au bon moment, pour elle, lui fait regarder le temps perdu, mais participe de projets positifs (son concours).
Quelqu'un : Dans cette partie relativement équilibrée, Marie-Charlotte apprécie les nouvelles capacités de son mari en tant qu'homme d'intérieur, cela fait partie de sa toute nouvelle libération, en tant que femme. L'autre remarque positive est assez ambiguë. Elle concerne la maison qui appartenait à la famille de son mari, c'était une commodité pécuniairement parlant mais une prison en devenir. Le reste des remarques, toutes négatives concernent surtout des femmes et le chômage de son mari.
Quelque chose : Ici, sont évoqués les noëls, étapes importantes dans le parcours de Marie-Charlotte et plus positivement, l'économie de loyer due à la vie dans la maison du mari.
Impersonnel : Cette rubrique est totalement absente dans cette troisième histoire.