Histoire 3




 

 

 

1  Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de Joss 

 

 

Je me suis rendu compte que j'étais sous l'influence de mes parents. Je regarde ce que je fais avec mes propres enfants. On se veut ouvert mais quand on a des enfants qui ont du caractère. Ma fille Julie, quand il y a école, elle ne me fait pas de câlin. Elle me punit un peu par l'absence. Mes parents sont allés s'occuper des enfants de ma sour à Marseille. Mon beau-frère part à San Francisco. C'est un créateur, il change en fonction des saisons. Pas de lassitude. Il est très attaché à la nature du produit. Mes parents se mettent en valeur par rapport à leur gendre. Un CAP de cuisine quand on a la passion, ce n'est pas une voie de garage. Mes parents le connaissent depuis l'âge de 18/19 ans. Il a un père juif. Celui-ci n'a pas pu venir à son mariage. Mes parents conseillent leur gendre comme s'il s'agissait de leur propre fils. Il est coléreux. Ils l'aident depuis le début. En ce qui concerne la formation APP, je m'attendais à des cours magistraux. Monique nous donne des sujets, un livre type, puis on cherche la documentation. Je pars dans des directions qui m'intéressent, j'ai beaucoup d'autonomie. Les personnes sont très différentes au sein de la formation, les sessions sont très diversifiées. Il existe de grands fossés entre nous. Les conseils sont bénéfiques à tous. Certaines questions sont incroyables, je n'arrive pas à comprendre la démarche de certaines d'entre nous. Des fois, on bloque sur une question, la reformulation nous permet d'éclairer. La reformulation est très importante, on peut partir dans un contresens. La consigne peut être interprétée de manière différente. Il y a un problème de communication avec Monique. C'est une personne que j'admire dans son dévouement mais elle me paraît impénétrable. Elle ne nous connaît pas assez et a du mal à comprendre d'où viennent nos erreurs bien qu'elle soit très présente au niveau du travail. Je lui ai dit que je ne pouvais pas aller faire chercher les filles. Elle n'est pas très compréhensive, pas ouverte. Elle ne se pose pas la question de nos soucis de mères de famille qui interfèrent sur le travail. Certaines questions sont mal traitées à cause de ça. Elle nous a donné un point de vue sur l'actualité à l'oral. Elle est très posée. J'aime ce qui est posé. Moi, je suis très impulsive. Par crainte de détruire, je voudrais me construire une carapace. Monique paraît très forte mais peut-être joue-t-elle. Isabelle nous a montré des poèmes qu'elle a reçus. Elle nous a fait passer une demi-heure formidable. C'est l'intérêt de la formation de rencontrer des gens, on se socialise. Les saisons, on fait de l'alimentaire. Des rapports humains, on n'en a pas. Il y a un seul homme dans la formation. C'est important qu'il y en ait. Il fait rire et ne perçoit pas les choses de la même façon que nous. Les femmes auraient moins tendance à se laisser aller. Les hommes, eux, font la part des choses. Je suis ici, je pense à mes courses, à mes enfants. Eux se détachent, ils compartimentent. Je me sens valorisée aux yeux de mes filles et de mon mari. Quand j'en ai parlé à mes copains, ils m'ont regardé comme si j'étais une extra-terrestre. Certains attendaient mieux de cette formation qui est en dessous du niveau du bac. Je leur explique que c'est une ouverture. Je m'ouvre une porte sur une structure. Le problème de la formation c'est que l'on a envie d'apprendre, je vais avoir envie de plus. Le concours ne va peut-être pas me satisfaire. Cette envie d'apprendre, tout le monde l'a, cette curiosité est normale. Ce doit être hyper angoissant d'être cloisonné, de ne pas pouvoir aller vers plus d'enrichissement. Quand j'étais à la maison, je lisais, mais avec moins d'attention, moins de concentration. Aide puéricultrice, je le passe juste parce que j'en ai envie. J'ai envisagé l'échec, ce sera dur mais je le repasserai. Sachant maintenant que je peux gérer ma vie familiale. Je sais que je peux travailler de 8h15 à 12h et de 14h à 17h. Ce que je comprends pas c'est la feuille d'émargement ; on nous infantilise. On est dans une démarche de formation, on a des motivations pourtant on nous maque, on nous flique. C'est une couverture de sécurité dont on n'a pas besoin. Aller à la FNAC, à Sauramps, toute seule, c'est ça le vrai bonheur. Ma fille aime les livres, l'odeur du neuf. Je veux m'en sortir toute seule, ne rien devoir à mes parents, même si un an de formation coûte 18 000 francs (2745 euros). Il y a 3 semaines de stage, pourquoi ne bénéficions-nous pas de la gratuité de l'enseignement ? Plus j'avance, plus j'ai de questions.


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Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la troisième histoire de Joss :


 

Préambule : La troisième histoire de Joss est relativement équilibrée. L'influence, plutôt positive, et le plaisir, franchement négatif, se partagent la part du lion. Suivent la certitude et la capacité, toutes deux assez positives. Le désir exprime surtout des attentes teintées de positivité et enfin les contraintes dépendantes de l'environnement de Joss.


Sujet : Le sujet est assez peu évoqué, dans cette troisième histoire, il souligne surtout la nouvelle personnalité que Joss se découvre (je veux m'en sortir toute seule, j'ai beaucoup d'autonomie). Même si cela engendre une certaine inquiétude (plus j'avance, plus j'ai de questions).


Sujet + Quelqu'un : Ce qui apparaît le plus visiblement, dans cette partie prépondérante, c'est le sentiment d'incommunicabilité (il y a un problème de communication avec Monique, je n'arrive pas à comprendre la démarche des autres), Joss se sent, également, incomprise et infantilisée (on nous maque, on nous flique). Son rôle de mère de famille lui laisse un goût de culpabilité (ma fille Julie, elle me punit un peu par l'absence, elle ne me fait pas de câlin, je suis ici mais je pense à mes courses, à mes enfants). Les certitudes de Joss sont autant d'a priori, elle ressent un vague mépris pour les personnes qui suivent la formation avec elle (il existe de grands fossés entre nous) et souhaiterait certainement avoir une relation privilégiée avec la directrice du centre (c'est une personne que j'admire, elle paraît très forte, mais peut-être joue-t-elle, elle me paraît impénétrable).


Sujet + Quelque chose : Ce sont les lieux qui apportent ici du plaisir à Joss : le centre de formation, des librairies et globalement « toutes les directions qui l'intéressent ». Elle ne s'inquiète, visiblement, que de l'échec possible au concours (j'ai envisagé l'échec, ce sera dur) et évoque son passé pour le rejeter au loin (les saisons on fait de l'alimentaire, quand j'étais à la maison je lisais avec moins de concentration). Sa révolte intérieure continue à la travailler (pourquoi ne bénéficions-nous pas de la gratuité de l'enseignement, ce que je ne comprends pas, c'est la feuille d'émargement).

 

Quelqu'un : On trouve beaucoup de positif dans cette rubrique où le sujet est absent. Pour Joss, les autres ont plus de capacité au bonheur qu'elle-même, que ce soit sur un plan général (les hommes savent faire la part des choses, les femmes auraient moins tendance à se laisser aller), ou sur un plan particulier (mon beau-frère est un créateur, mes parents conseillent leur gendre comme s'il s'agissait de leur propre fils). On sent poindre, néanmoins, une certaine jalousie (mes parents sont allés s'occuper des enfants de ma sour, ils se mettent en valeur par rapport à leur gendre).


Quelque chose : Plutôt négatif, ce domaine traite surtout des relations de Joss avec la formation (même si un an de formation coûte dix-huit mille francs). Elle se sent décalée par rapport à ses pairs (certaines questions sont incroyables) et ose des critiques (la consigne peut-être interprétée de manière différente, certaines questions sont mal traitées à cause de ça). La licenciée en psychologie évoque en filigrane son sentiment d'être au dessus du niveau (une formation qui est en dessous du niveau du Bac).


Impersonnel : Tout en ayant l'air de parler d'autre chose que d'elle-même, Joss se valorise en s'apitoyant sur ceux qu'elle juge limités (ce doit être hyper angoissant d'être cloisonné, de ne pas pouvoir aller vers plus d'enrichissement). Pour se décomplexer de passer ce concours un peu facile, elle prend appui sur la réussite de son beau-frère maître queux (un CAP de cuisine, quand on a la passion ce n'est pas une voie de garage).


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