Occurrence des pronoms personnels sujets
dans l'histoire de vie de Joss
Utilisation assez importante mais pas exclusive du « je » pour commenter la vie de Joss. Ce « je », lorsqu'il n'est pas un rappel historique (je me souviens, j'étais, j'avais.), est fréquemment suivi de verbes de désir ferme (j'ai eu envie, je veux, je sais.) ou d'action (j'ai cherché, j'ai trouvé, j'ai dépassé, je m'ouvre.) qui dénote une volonté de réussir. Le doute (je crois, je ne suis pas sûre) n'est qu'un choix d'euphémisme pour exprimer, encore, des certitudes. En appui à ces pronoms « je », les « moi », utilisés en nombre important, surtout dans les deux premières histoires, sont là pour bien marquer une différence, c'est le « quant à moi ou moi au moins, moi en revanche » qui est sous entendu. Une volonté manifeste de se démarquer, de se singulariser du contexte familial sur lequel Joss pose des jugements sans appel.
La famille est fréquemment englobée dans un « on » délégataire qui montre assez clairement les tensions sous-jacentes. A d'autres moments, notamment à la fin de la troisième histoire, le pronom « on », sous sa forme indéfinie, exprime l'agression que le monde extérieur fait peser sur Joss et qu'elle se refuse à nommer distinctement.
Beaucoup de pronoms « elle » montrent que l'univers de Joss est très féminisé (sa mère, ses deux sours, sa fille aînée et la responsable du stage). D'ailleurs, son rapprochement du monde masculin n'apparaît qu'en fin de l'histoire de vie pour parler d'une période récente.
Les hommes ne sont pas absents de l'histoire de vie de Joss. A travers l'utilisation du pronom « il », elle juge ceux qui l'entourent sans aménité, avec même un certain cynisme. Elle n'entretient pas, avec eux, de rapports de séduction. Il s'agit plutôt de relations de confrontation. La référence à son poussin montre que cet élément traumatique dans son parcours de vie reste un souvenir déchirant.
Le pronom « nous » est fortement employé dans la troisième histoire. Il englobe Joss et les autres stagiaires. Cette sorte d'adhésion à une communauté, malgré toutes les critiques qu'elle envoie à son endroit, dénote une réelle libération d'un milieu (la famille) dans lequel elle se sentait dévalorisée, se sclérosait.
L'emploi de « ils » dans les deuxième et troisième histoires, pour évoquer les parents, montre nettement le ressentiment de Joss à leur égard. Elle reste persuadée d'avoir été lésée, manipulée et, à tout le moins, jamais ni secondée, ni considérée à sa juste valeur par ses parents tout au long de son existence, quels que soient les efforts qu'elle pense avoir produits. La dévalorisation perdure encore aujourd'hui par rapport à la formation APP.
La quasi absence de « tu » montre la prise de distance de Joss avec son interlocutrice auprès de laquelle elle semble chercher reconnaissance culturelle ou acquiescement. En revanche ce « tu », utilisé une seule fois (tu te régales (d'avoir tes crises)), est employé pour stigmatiser un moment très fort sur le plan affectif au cours duquel Joss a été très dure avec son père.