Interprétation idianthropologique de l'histoire
de vie de Joss
1 Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Joss.
2 Interprétation de la géodynamique idiosphérique de Joss
3 Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Joss
4 Interprétation globale du discours de Joss
Interprétation de l'historicité idiorrythmique de Joss.
Préambule : Les frustrations ont attisé la colère et le ressentiment de Joss, présents tout au long de l'histoire de vie. La période pré - fonctionnelle occupe une place prépondérante, criblée de contretemps qui sont provoqués par les autres. La période fonctionnelle, la plus courte de l'histoire de vie, bien que considérée comme positive, laisse apparaître quelques récriminations. Joss continue à évoquer disputes et incompréhensions dans la période péri - fonctionnelle, la famille constituant le noud du problème.
Période pré - fonctionnelle :
Pas très satisfaite de sa position de cadette, Joss ne manque pas d'y faire allusion. La période de la scolarité n'apporte guère de satisfactions non plus, incomprise dès la maternelle, Joss se découvre une maladie diplomatique qui lui servira plusieurs fois (CP, 6ème). A douze ans, la petite fille se transforme en fée du logis pour aider sa mère qui s'est remise à travailler, même si elle revendique ce nouveau statut, facteur d'autonomie, elle n'en signale pas moins que « les filles faisaient tout ». Du collège à la fac, en passant pas le lycée, la sensation d'échecs répétés de Joss se renforce (redoublement en 2nde, triple échec en neurobiologie, deux échecs à des concours de l'Education nationale). Ce mal-être est également alimenté par l'affrontement avec sa sour aînée et un sentiment diffus de fatalité familiale. Dans cette période, seule la rencontre du futur mari est un vrai moment d'espoir.
Période fonctionnelle :
Bien que fournie en entre temps (réaliser des projets, accéder à la maturité, concilier vie de famille et vie professionnelle), cette période n'est pas exempte de plaintes, surtout concernant des questions d'argent. Joss affirme avoir travaillé pendant dix ans dans l'alimentaire pour des raisons alimentaires et s'indigne du coût de la formation (18 000 francs par an) pour le stagiaire.
Période péri - fonctionnelle :
Les frustrations accumulées, la jalousie sous-jacente s'expriment, ici, avec beaucoup de force, les références au temps sont surtout l'occasion de montrer du temps perdu à se disputer, à bouder. Même la référence à Noël, fête de famille par excellence, constitue une période critique (pas de cadeau depuis trois ans).
Interprétation de la géodynamique
idiosphérique de Joss
Préambule : Même lorsqu'elle dessine les contours de sa sphère professionnelle, Joss n'est jamais loin de ses références familiales. Le milieu pré - fonctionnel n'apporte guère de plaisir, il constitue un univers de contraintes et même de souffrances. Les faibles références au milieu fonctionnel n'empêchent pas la prépondérance des contre espaces, dominées par la dévalorisation et la désocialisation. Le milieu péri - fonctionnel se taille la part du lion avec toujours plus de négativité.
Milieu pré - fonctionnel :
Née dans une famille de commerçants, Joss est la cadette de trois filles. A scolarité démarre dans une institution privée où il est interdit d'être gauchère. De la maternelle au lycée, Joss se sent dans un lieu d'injustice et sous le regard de sa sour aînée, détestée. L'université qui pourrait instaurer un espace de liberté (orientation choisie en psychologie), se termine par un échec, parallèlement Joss endosse la frustration de son futur mari auquel ses propres parents ont imposé une orientation.
Milieu fonctionnel :
Entre son lieu de travail, le commerce de ses parents, et le centre de formation, Joss ne trouve que peu de raisons de se réjouir. Dans le premier, elle dévalorise son père et dans le second, elle se construit une carapace. Partout elle se sent dans un espace contraint (obligation financière) et contrôlé (les différentes tracasseries administratives infantilisantes).
Milieu péri - fonctionnel :
Lieux de reproduction et d'héritage comme lieux d'élection, tous contribuent au malaise ressenti par Joss. Qu'elle décrive les maisons où elle s'ennuyait, où elle s'enfermait, où elle se disputait avec ses soeurs ou avec ses parents ou qu'elle évoque la cave que son père a mis en faillite, le couvent où sa marraine s'est retirée, les bars où son mari se réfugiait, Joss n'esquisse que des situations de contre espace. Généralement, elle ne s'attribue pas la responsabilité des échecs relationnels, elle se considère plutôt comme une victime, injustement méprisée, incomprise. Elle ne puise des interstices d'espoir que lorsqu'elle parle de ses enfants et de son couple, « reparti sur le bon chemin ».
Interprétation de l'énergie idiosyncrasique de Joss
Préambule : Visiblement Joss décrit ses rapports à la formation comme émancipateurs. en règle générale. Les trois sortes de formation n'ont pourtant contribué qu'à exacerber un sentiment traumatique d'injustice et d'humiliation. La formation pré - fonctionnelle, surreprésentée dans l'histoire de vie, est l'occasion d'une charge contre les adultes manipulateurs, les enfants méchants et, globalement, tous ceux qui ne la jugent pas à sa juste valeur. La formation fonctionnelle permet d'équilibrer les sentiments contre énergétiques et entre énergétiques, entre ce qu'elle subit et ce qu'elle fait subir. Malgré tout, les sentiments de jalousie et de frustration perdurent, ils sont légion dans la formation péri - fonctionnelle.
Formation pré - fonctionnelle :
Ses parents espéraient un garçon, après la naissance de leurs trois il leur faut faire le deuil de la réussite sociale. Joss en gardera un profond sentiment d'injustice et l'impression que ses parents ont manqué d'ambition et l'ont entraînée vers des échecs multiples. Elle décrit son statut de « méchante » dans la famille, celle qui s'opposait à la fois à la sour aînée, au père. La sensation d'échec est au centre de la personnalité paranoïde de Joss, d'autant plus qu'elle en attribue la responsabilité à la fois à ses profs qui la dévalorisent et à ses parents indifférents. Elle ne trouve de consolation que dans la découverte de l'âme sour et dans le fait d'avoir réussi à dépasser sa sour sur le plan des études supérieures.
Formation fonctionnelle :
Joss profite de son implication à l'épicerie parentale pour se venger de ce qu'elle a dû subir dans le cercle familial, elle humilie son père et prend en mains la destinée du commerce. Ce faisant, elle se rapproche de sa mère. Un plaisir de courte durée puisqu'elle a, en même temps, la sensation d'être flouée par ses sours. Elle accuse ses parents d'avoir profité d'elle et d'avoir ainsi provoqué son triple échec en neurobiologie. Sa préparation au concours d'aide puéricultrice ne lui permet pas de se revaloriser : ses amis la regardent « comme une extraterrestre », elle se sent supérieure aux stagiaires et ressent un problème de communication avec l'autorité. Dans le même temps son statut de femme ne lui a paru moins enviable, elle jalouse la capacité des hommes à « compartimenter leur vie », elle qui vient à peine d'accéder à la possibilité de concilier vie de famille et vie professionnelle. Consciente de son caractère très impulsif, elle avoue une admiration pour les gens qui sont « capables de se contrôler ».
Formation péri - fonctionnelle :
Entre les contraintes ménagères que son statut de fille lui a fait endosser depuis l'âge de douze ans et la sensation d'être réduite à l'image dégradée de la mère au foyer, Joss développe un profond sentiment de révolte. Personne n'échappe à sa vindicte : sa sour aînée, bien sûr, qui lui renvoie le miroir de la réussite sociale, mais aussi sa sour puînée qu'elle décrit comme obèse, négligée, trompée par son mari. Bien qu'elle affirme adorer ses neveux, elle ne peut s'empêcher de déverser un flot de rancour sur « ceux qui font des différences » entre les garçons (les enfants de sa sour aînée) et les filles (ses propres enfants). Comme si le destin lui avait joué un tour, dotant sa sour de l'héritier familial tandis qu'elle devait se contenter de filles à marier. Une fatalité contre laquelle elle a déjà prévu de lutter en affirmant sa volonté de motiver ses filles.
Interprétation globale du discours de
Joss
A la lecture des tableaux idianthropiques, nous remarquons que Joss n'a jamais pu surmonter la révolte qui grondait en elle depuis l'enfance. Cadette d'une famille de petits commerçants, elle s'est opposée, très tôt à sa sour aînée, qui représentait la jeune fille idéale, et à son père, un être qu'elle jugeait faible. Cantonnée au rôle de méchante, elle s'est plutôt illustrée dans un statut presque masculin, fait d'agressivité. Au moment de l'histoire de vie, Joss prend conscience de la nécessité de séparer le fondamental du dérisoire, d'accéder enfin à l'estime de soi, mais elle ne peut s'empêcher de laisser poindre la jalousie qui reste le moteur de sa personnalité.
La rubrique pré - fonctionnelle est largement dominée par le temps et la formation. Il est presque logique que ces deux éléments se rencontrent puisque l'histoire de vie de Joss est entièrement basée sur ce diptyque vicieux. La formation initiale a constitué un parcours d'obstacles et s'est étirée dans le temps, dévalorisant et humiliant Joss qui subissait déjà une mise à l'écart dans le milieu familial. La sensation d'avoir été manipulée, rejetée, niée n'a fait que se conforter au fil des études, provoquant leur arrêt brutal après trois échecs consécutifs. Le trait de caractère le plus présent chez Joss est la volonté permanente d'attribuer aux autres la responsabilité de ses difficultés. On ne peut guère s'étonner que les lieux évoqués ne soient pas très valorisés dans l'histoire de vie, en réalité, Joss se sent partout à la fois étrangère et contrainte.
Toujours à la recherche d'une reconnaissance sociale qui lui permettrait d'accéder à une forme de maturité, Joss cherche des alibis. Dans la rubrique fonctionnelle, il ne s'agit pas de personnes physiques, mais d'institutions. Elle évoque, même de manière sibylline, des questions d'argent. Elle affirme avoir été obligée d'obérer ses études pour travailler dans le commerce de ses parents. Elle stigmatise le centre de formation continue où elle prépare son concours d'aide soignante en le décrivant comme un espace coûteux, au sein duquel le flicage est monnaie courante. Ces reproches cachent peut-être une autre réalité, Joss n'est pas si fière de suivre une formation qui la relègue à un niveau inférieur à celui de sa sour aînée et ne lui permet pas de briller auprès de se amis. Elle n'y puise pas moins des raisons d'envisager un avenir meilleur, cette formation lui ayant permis de confirmer sa possibilité de concilier vie de famille et vie professionnelle.
Obligée de faire une croix sur la réussite professionnelle qu'elle avait programmée, Joss laisse éclater sa hargne contre tous ceux qui l'ont humiliée et négligée. La rubrique péri - fonctionnelle est un catalogue de critiques acerbes censé adoucir les frustrations accumulées, la révolte de Joss touche ses ascendants, ses proches et même les descendants. L'héritier, le fils aîné de sa sour, est déifié par toute la famille. Il est une nouvelle source de rancour pour Joss qui n'a eu que des filles. Les événements négatifs qui l'atteignent de manière secondaire sont perçus comme une fatalité qui la vise personnellement.