Histoire 2

 


 

 

 

 1 Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la deuxième histoire de Joss 

 

 


Elève moyenne moins, voilà ce que j'étais. Je n'ai jamais été encouragée par mes parents. J'ai endossé le statut de ma sour aînée : élève moyenne également. Au CP, j'étais malade, en sixième, pareil. En réalité, mes parents me cherchaient et se cherchaient des excuses. Je me souviens d'un prof d'allemand qui me mettait toujours des notes en dessous de cinq, mes parents me faisaient donner des cours particuliers mais les notes ne bougeaient pas. Je faisais pourtant de mon mieux. Au bac, j'ai eu 14. Je savais que c'était le prof qui m'en voulait, il m'en veut toujours. Je regrette que mes parents ne soient pas intervenus. En fait, je crois que mon père qui était issu d'un milieu bourgeois aurait voulu un fils, pour le nom. Il était lui-même en échec car il a mis la cave de Roquefort de son père en faillite. Je crois qu'ils ont fait leur deuil de leur propre réussite sociale quand ils ont vu qu'ils n'auraient pas de garçon. Pour leurs trois filles, ils voulaient juste le bac. Si on arrivait avec des très bonnes notes, c'était juste un accident sans conséquence. En ratant son bac, maman avait le sentiment d'avoir raté sa vie, elle voulait faire l'enseignement. Ils étaient tellement négatifs, qu'enfant, je fonctionnais déjà sans eux. J'ai développé l'envie d'apprendre en fin de seconde. C'est là que j'ai rencontré celui qui allait devenir mon mari. A cette époque, je savais que j'étais déjà capable de m'assumer. J'avais les ressources de les quitter. Par contre, mon futur mari était tellement mis sous pression par ses parents qu'il a tout raté. Il voulait faire un BTS biologie de la mer, il s'est retrouvé dans un boulot commercial, sans aucun intérêt pour lui. En seconde, au moment de l'émancipation, de la première mobylette, je me suis retrouvée dans le lycée de ma sour aînée, sous une surveillance pénible. Je voulais aller plus loin qu'elle en classe. Je l'ai largement dépassée, elle a un BTS, moi, une licence. Mais maintenant avec cette formation d'aide soignante, je reviens à son niveau. C'est juste une étape, il faut que je rentre dans un milieu professionnel pour devenir formatrice. Petite, je rêvais d'être juge pour enfant. Aujourd'hui, je veux leur apporter du bien-être, du calme. En plus, les enfants, je les attire. Les adultes manquent d'écoute avec les enfants. Maman a élevé ma marraine qui n'avait plus de parents. A 25 ans, elle est entrée dans les ordres. Elle cherchait quelque chose qu'elle n'a pas eu enfant. Elle ne veut pas que ce soit le dit.Pour moi, ça a été l'incompréhension. Pour maman aussi. Moi, je sais ce que je veux, je suis lucide. J'ai besoin de stabilité. Mes parents ont un fonctionnement fou : quinze jours de nirvana, quinze jours d'engueulade. En tant qu'enfant, on ne comprend pas. Je leur disais : divorcez bon sang. Je passais des mois à bouder sans sortir de ma chambre, évitant les repas de famille, mes sours étaient ravies, mes parents laissaient faire. Maintenant je me révolte, je ne veux plus qu'on dise que j'étais la méchante même si c'est vrai que j'avais mon caractère. Mon père a toujours eu peur de moi. Il a des vertiges nauséeux depuis quelques temps, je lui dis : tes crises, tu te régales de les avoir ! Je l'ai fait pleurer, c'est un faible. Maman a tout porté, sans le montrer. Lui, il est proche de la sénilité. Il était trop gâté par ses parents et il n'a pas réalisé leurs espoirs. Ma mère est une femme soumise, elle fait partie de la génération qui ne disait rien. Elle assume tout en cachette pour ne pas humilier son mari. Je m'en suis rendu compte quand j'ai travaillé au magasin avec elle. C'est leur problème mais il y a une déception en moi. Je voudrais bien travailler avec les ados qui ont des problèmes de poids. J'ai envie d'un travail pour me réaliser. Maman au ménage, au repassage, c'est pas un modèle pour mes filles. Je veux construire leur motivation. Mes parents, eux, vivent par procuration à travers la réussite de leurs gendres, les maris de mes sours : un médecin et un grand cuisinier qui est dans le Gault et Millau. Je ne suis pas sûre que la réussite de leur vie soit au RDV. Mon beau frère trompe ma petite sour qui, elle, fait cent kilos. Elle a toujours eu des problèmes de poids. Petite fille, elle voulait faire pipi, debout, comme un garçon. Maman a refusé de la voir pendant une semaine après sa naissance tellement elle voulait un garçon. Ma sour se néglige, elle l'a toujours fait, elle engloutit, elle élève ses gamins mais elle délaisse sa maison. Et puis, elle n'est pas valorisante pour un grand restaurant, la maîtresse de mon beau-frère est une très belle femme. Pour mes parents, le premier petit enfant mâle c'est un Dieu, c'est Yvan, le fils de ma sour aînée, moi, je n'ai eu que des filles. Avec ma belle famille, on ne se voit pas. C'est fini ! Au début, ils étaient fourrés chez nous tous les soirs, mon mari s'attardait dans les bars pour ne pas les voir. Il ne rentrait pas avant dix heures. On a failli se séparer, on est allé voir une psychologue, grâce à elle, on est reparti sur le bon chemin. Tous les deux. et les filles. Les filles vont quand même chez leurs grands parents, quel que soit le sexe des enfants, il faut conserver les liens. Avec l'âge, je suis devenue plus diplomate.

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Interprétation de l'expression et de la position de l'être-sujet-au-monde dans la deuxieme histoire de Joss :

 

Préambule : Cette deuxième histoire possède une forte connotation négative. Celle-ci est exprimée à travers les notions de capacité, mais surtout de plaisir et d'influence, toutes deux très fortement déséquilibrées. Ces deux dernières occupent, d'ailleurs, la plus grande place dans le discours de Joss. Suivent ensuite, quasiment à égalité, le désir, légèrement positif, et la capacité. L'expression de la certitude est assez nettement positive, la liberté l'est également bien que très peu présente dans cette histoire.


Sujet : Joss se livre peu, dans cette deuxième histoire, mais elle utilise des expressions assez fortes et positives (maintenant, je me révolte, moi je sais ce que je veux, je suis lucide). Les quelques phrases négatives sont situées dans le passé (élève moyenne, voilà ce que j'étais, au CP j'étais malade).


Sujet + Quelqu'un : Rubrique le plus exprimée dans cette seconde histoire, Joss évoque surtout des relations très pénibles avec ses parents (je n'ai jamais été encouragée par mes parents, je l'ai fait pleurer). Ces rapports très difficiles sont confirmés par des expressions de capacité en apparence positives mais qui sont autant de remarques négatives concernant les parents de Joss (j'avais les ressources de les quitter). De même, ses certitudes sont des jugements durs et sans appel (ma mère est une femme soumise). Joss parle, également des tensions qui perdurent avec sa sour (je me suis retrouvée dans le lycée de ma sour aînée, sous une surveillance pénible) et avec un professeur d'allemand qui lui « en voulait » et lui « en veut toujours ». Les quelques expressions positives, dans ce discours fortement négatif, concernent les enfants, les siens et ceux qu'elle veut aider (je voudrais bien travailler avec les ados qui ont des problèmes de poids), son mari avec lequel elle a eu quelques difficultés qui se sont bien réglées.


Sujet + Quelque chose : Cette rubrique, assez peu évoquée, laisse une part importante à l'expression du désir positif (petite, je rêvais d'être juge pour enfant) et l'expression du plaisir négatif (si on arrivait avec des très bonnes notes, c'était juste un accident, je passais des mois à bouder sans sortir de ma chambre). La personnalité très entière de Joss apparaît à travers sa certitude (c'est vrai que j'avais mon caractère). Au niveau de sa sensation de liberté, bien que positive, Joss se défend d'avoir atteint tout ce qu'elle mérite (c'est juste une étape).


Quelqu'un : Toutes les expressions évoquées font état de sensations très nettement négatives. Les personnes qui l'entourent sont sévèrement jugées sur leur incapacité (il était lui-même en échec, en ratant son bac, ma mère avait le sentiment d'avoir raté sa vie, elle n'est pas valorisante pour un grand restaurant). Leurs désirs dénoncent un sentiment d'inachevé (elle cherchait quelque chose qu'elle n'a pas eu enfant), de manque d'ambition (pour leurs trois filles, ils voulaient juste le Bac). Autour de Joss, tout le monde semble avoir des sujets de déplaisir (ma mère assume tout en cachette, mon beau-frère trompe ma petite sour, elle fait cent kilos). L'influence que les uns et les autres peuvent recevoir ou donner est, là encore, perçue négativement (mon futur mari était tellement mis sous pression par ses parents qu'il a tout raté, il s'attardait dans les bars pour ne pas les voir).


Quelque chose : Dans cette rubrique quasi inexistante, Joss laisse percer sa paranoïa à travers une expression d'incapacité à convaincre un professeur d'allemand de ne plus la discriminer (mais les notes ne bougeaient pas).


Impersonnel : La seule certitude dont fait preuve Joss est que les liens de famille doivent être conservés à tout prix (quel que soit le sexe des enfants). Elle confirme d'ailleurs ce sentiment en soulignant que les adultes doivent veiller à ne pas nuire aux enfants (en tant qu'enfant on ne comprend pas).


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